Et si nous vivions en paix avec notre vulnérabilité ?

7 mars 2017   |     |     |  

 

Après mon précédent article (« Le leurre du parfait bonheur, ou comment vivre heureux dans l’imperfection »), j’ai envie de partager encore quelques pépites cueillies lors de la journée sur « Méditation & Psychologie positive », avec Fabrice Midal et Tal Ben-Shahar, le 12 février.

Notre rapport au monde est conditionné par la quête de l’hyper-performance et de la compétition. Comment, dans cette perspective, pouvons-nous être dans un rapport paisible à ce que nous sommes ?

« Il faut imaginer Sisyphe heureux »

Tal Ben-Shahar évoque les paradoxes de l’estime de soi. Celle-ci peut être très basse, même si on réussit brillamment. Beaucoup se reconnaîtront dans le mythe de Sisyphe : Sisyphe poussant sa pierre tout en haut d’une montagne, puis la pierre dévale la pente, et il faut monter, pousser à nouveau… travailler dur, réussir un challenge, savourer une joie temporaire, gonfler son estime de soi… fugacement… un autre défi à se fixer, un autre labeur à accomplir, un autre succès temporaire… Cette quête sans fin confine à l’absurde. C’est ce que relevait Camus dans « Le mythe de Sisyphe », tout en concluant son essai par : « Il faut imaginer Sisyphe heureux ». Car nous pouvons sortir du cycle de l’absurde, être libres et heureux.

Nous avons tous une estime de soi dépendante des autres, nourrie par la validation extérieure. Si les autres nous envoient des feedbacks positifs, nous valorisent, notre réserve d’estime de soi se remplit. Mais ce puits-là est sans fond. Un vrai tonneau des Danaïdes : la reconnaissance de l’extérieur n’est jamais suffisante pour étancher une soif en fait inextinguible.

En outre, nous nous comparons spontanément aux autres. C’est l’histoire de la méchante reine dans Blanche-Neige :

« Miroir, mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle de ce royaume ? »

En fonction de la réponse du miroir, la méchante reine se sent merveilleusement bien, ou affreusement mal. Et même si la réponse du miroir est satisfaisante, elle éprouve le besoin de l’interroger à nouveau. L’estime de soi croît quand on se trouve « mieux » que les autres. Mais cet étalonnage ne dure jamais bien longtemps.

Cette quête de l’image du miroir est simplement humaine, et il s’agit alors de l’accepter. En commençant à la rejeter, on tomberait alors dans le piège de l’auto-critique, de la perfection… et le pseudo-remède est pire que le mal – qui n’est même pas mal !

Aussi, nous avons une estime de soi indépendante, libre, reposant sur notre propre validation intérieure. Celle-ci est plus durable, elle nous apporte plus de joie, elle accroît la créativité, l’empathie, l’engagement. Cette estime de soi inconditionnelle est une ressource précieuse. Comment la cultiver ?

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Comment cultiver le trésor de l’estime de soi inconditionnelle ?

Tal Ben-Shahar propose deux voies pour cultiver cette estime de soi inconditionnelle.

La première consiste à consacrer du temps à ses passions, indépendamment du jugement des autres. Pour explorer cette voie, on peut se demander à quelles activités on aimerait consacrer du temps, si personne ne pouvait nous voir, nous juger, porter un regard sur nos succès ou nos échecs. Et des études montrent que consacrer deux à trois heures par semaine à ses passions, sans quête d’une quelconque « réussite », change la tonalité de toute la semaine.

La seconde voie est celle de la pratique de la méditation. C’est le seul espace où il n’y a pas de comparaison possible. Comment juger si on a mieux ou moins bien médité que le voisin ? Fabrice Midal souligne que le rapport entre la méditation et l’estime de soi inconditionnelle est cardinal. La présence silencieuse, dans sa simplicité, ne souffre pas l’évaluation. La frontière entre bien et mal, entre mieux et moins bien… n’existe plus. Ces étiquettes se dissolvent.

Pratiquer, c’est s’asseoir, considérant que l’on est précisément là où il faut. C’est être présent à ce rendez-vous avec la vie. Ce mouvement implique de laisser tomber les jugements, les injonctions, la pression, pour épouser l’expérience telle qu’elle est. Cesser l’épuisante lutte et se reposer dans les bras de l’instant présent.

Et il se peut bien que ce rendez-vous nous mène à la rencontre de visiteurs « indésirables » : des émotions inconfortables, des sensations douloureuses. Nous sommes alors en relation avec notre vulnérabilité : notre cœur si tendre est touché, notre fragilité nous apparaît. C’est le signe de notre humanité nue.

Dans le Petit Prince, la rose dit :

« Il faut bien que je supporte deux ou trois chenilles si je veux connaître les papillons. »

Aussi, être en silence nous fait peur. Le vide du silence évoque la mort. Alors que, quand on remplit notre vie du bruit d’une multitude d’activités, on se sent bien vivants. Cette inquiétude face au silence nous empêche de nous y plonger, et d’y découvrir le terreau fertile de notre vulnérabilité. Terreau fertile ? – car il porte en germe les graines de bien des guérisons. Vivre en paix avec notre vulnérabilité, c’est accepter que des émotions douloureuses nous traversent, et observer qu’elles passent, pourvu que l’on ne s’y accroche pas. Il s’agit de laisser notre guérisseur intérieur opérer sans interférer. Par exemple, si on gratte une plaie sur le bras elle s’infecte et s’aggrave. La légère douleur devient plus grande souffrance. Il en va de même avec nos émotions : la rumination amplifie la douleur. Cesser de ruminer, accepter notre vulnérabilité, et habiter amplement le silence.

Supporter nos chenilles pour connaître nos papillons.

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www.spiritopus.com

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