Etre heureux se conjugue au présent…

25 novembre 2016   |     |     |  

 

Conjuguons « être heureux », et voyons à quel temps ce verbe s’accorde le mieux…

Au passé : J’étais heureuse / heureux quand j’étais jeune, quand j’avais moins de travail, quand j’étais en meilleure santé, quand j’habitais dans une maison plus grande, quand les enfants étaient plus petits…

Au futur : Je serai heureuse / heureux quand j’aurai changé de travail, quand je ne serai plus seul(e), quand il y aura moins d’impôts, quand j’aurai déménagé, quand j’aurai gagné au loto…

Au conditionnel : Je serais heureuse / heureux, si j’étais plus mince, plus brillant, plus drôle, si j’avais un boss plus compréhensif, si je pouvais partir loin en vacances…

Au présent : Je suis heureuse / heureux. Un point c’est tout. Ici et maintenant.

Nous percevons souvent le bonheur comme une quête, un graal à découvrir, une arlésienne à poursuivre… ou un souvenir poussiéreux, que l’on sort de temps en temps du grenier du passé avec nostalgie. Et pourtant, pourtant, si tout simplement, être heureux se conjuguait au temps présent, dans un grand oui à la vie ?

Ces réflexions sur le bonheur, et cette envie de les partager, me sont venues à l’issue d’un stage sur « Bonheur et Méditation », avec Martin Aylward (19 et 20 novembre) : deux magnifiques journées d’exploration de cette aspiration que nous avons tous à être heureux.

La méditation : un « happiness training » !

Etre heureux n’est ni un droit, ni un acquis.

La Constitution américaine stipule à la fois un droit, et une quête :  » Nous tenons pour évidentes par elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. » Par les temps qui courent, cela semble ironique – mais c’est un autre sujet !

Etre heureux, si c’était plutôt une capacité, qui s’entraîne, comme un muscle ? Cette conception du bonheur est porteuse de soulagement : si le bonheur relève d’un entraînement, j’ai le pouvoir !

Avant d’envisager le comment… Qu’est-ce qu’être heureux ? On peut approcher cette notion en parlant de « contentement » : ne plus avoir besoin de rien d’autre que ce qu’on a déjà, qu’il s’agisse de possessions extérieures, ou d’état intérieur. On ne cherche rien à avoir en surplus de ce qui est là, ni à rejeter ou chasser des éléments présents dont nous ne voudrions pas.

Or, souvent, on confond bonheur et plaisir. Le plaisir est lié à une expérience agréable et momentanée. Dans cette quête du plaisir, on essaie de consommer, goûter ce qui est jugé « bon », on évite ce qu’on n’aime pas, et on se distrait pour fuir les états neutres et ennuyeux. Ce mouvement d’attraction pour l’agréable et de rejet du désagréable ne constitue pas le bonheur. C’est une course sans fin, vers des terres où en fait on ne maîtrise pas grand-chose, et où rien ne dure. Cette quête tourne vite à l’insatisfaction chronique.

Il est tellement intéressant d’observer notre propension vouloir maîtriser notre expérience, à rechercher le plaisant et repousser le déplaisant… La pratique de la méditation offre un laboratoire extraordinaire pour observer ces tendances. Alors que l’invitation de la méditation est de laisser faire et être ce qui est, le corps se crispe et l’esprit s’agite : sur un coussin comme dans la vie.

Une jolie expression éclaire le chemin de la pratique : pour marcher sans souffrir, on peut recouvrir la planète de cuir, ou on peut s’acheter des sandales. Autrement dit, quand on comprend que la vie nous amènera toujours des expériences que l’on ne peut ni choisir, ni contrôler, notre pouvoir consiste à entraîner notre esprit à chausser des sandales, qui le rendent agile pour vivre, quelles que soient les circonstances.

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Etre heureux, là

« Mon bonheur » : pourrait-on donc posséder le bonheur ? Il faudrait alors entrer dans une quête, et puis protéger ce bien acquis de haute lutte.

Cette quête nous emmène bien loin du bien-être, du contentement fondamental d’être là, bien vivant.

Et pourtant, nous développons des stratégies de quête, dans quatre domaines :

  • Le confort

Il est naturel de vouloir prendre soin de soi et s’offrir un certain confort. La dérive apparaît quand on va au-delà de nos justes besoins : « Ah, si jamais j’avais ceci, cela, je me sentirais vraiment bien. ».

Le confort, qu’il soit physique ou psychologique, est souvent lié à un besoin de sécurité. Or la vie est profondément instable et impermanente. Alors, avons-nous d’autre choix, sur la voie de la sagesse, que le contentement dans l’instant présent ?

  • La santé

La société nous offre mille injonctions à prendre soin de notre santé (prévention, alimentation, assurances…). Là aussi, prendre soin de sa santé est une juste attitude, mais l’obsession de la santé optimale est un travers.

Outre la santé physique, la santé psychologique devient de plus en plus un enjeu : nous sommes soumis à la tyrannie d’être toujours positifs, à la tyrannie du bonheur !… au risque de vivre coupés d’une partie de notre expérience, et de notre vie.

  • Le charme

Nous voulons être séduisants, être attirants, être appréciés, être aimés.

Ainsi, le bonheur serait fondé sur la perception que les autres ont de nous, que ce soit sur le plan physique (être beau, mince, bien habillé…), ou intellectuel (être brillant, drôle, charismatique…).

N’est-ce pas là donner aux autres beaucoup de pouvoir, et nous en déposséder en chemin ?

  • Le vieillissement

La hantise de vieillir est présente chez beaucoup, ce qui fait la fortune des chirurgiens esthétiques. Cela devient parfois une peur pathologique : peur du jugement, peur de la vulnérabilité, peur du face à face avec la mort qui approche, inéluctablement.

Et cette course à la jeunesse éternelle est perdue d’avance.

L’exploration du bonheur nécessite de mettre la lumière sur nos stratégies de quête. Où est-ce que je m’investis dans ce qui me semble être prometteur de bonheur ? – avec l’espoir – et la croyance – que cette quête, une fois comblée, assurera mon bonheur à jamais…

… Ou jamais !  La poursuite névrotique de ces quatre « graal » est vouée à l’échec, et mène à la désillusion. Si notre bonheur en dépend, c’est perdu d’avance. En effet, le confort reste aléatoire, la santé est imprévisible et fragile, le charme décline et est si subjectif, et le vieillissement est inéluctable.

Aussi, il est intéressant de nous questionner :

Par quelles façons – ou stratégies – est-ce que j’essaie d’être heureuse/heureux ?

Qu’est-ce qui me manque, là, maintenant, pour être bien ?

Ces questions peuvent nous aider à lever le voile sur nos dépendances, et leur caractère chimérique.

La pratique de la méditation nous offre une possibilité transformatrice, pour observer ces champs de dépendance, et doucement les lâcher. Là, dans cet instant où je vois et relâche un de mes points de référence, je peux me détendre dans un refuge plus spacieux. Dans la perte de l’habituel, on découvre la magie du non-habituel.

Ce mouvement peut susciter une peur : en perdant nos repères, ne risque-t-on pas de se perdre soi-même ? En fait, on perd seulement un besoin névrotique qui nous fige, et on s’ouvre à un espace de liberté qui nous met en mouvement, dans le flux de la vie. Il s’agit de retrouver une intimité avec la vie, telle qu’elle se présente. Et, au cœur de cette intimité, la question du bonheur ne pourrait-elle pas se poser ainsi :

Qu’est-ce que je veux vraiment ?

Ici et maintenant.

Il se peut bien que, dans cet instant, tout soit là. Tout est là.

 

heureux

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